Azalaï, la petite chaîne qui monte…

Azalaï, la petite chaîne qui monte…

Azalaï À l’origine, Mossadeck Bally, un homme d’affaires malien avisé. Et un établissement à Bamako. Aujourd’hui, la première marque d’hôtellerie 100 % africaine compte sept implantations et s’apprête à construire à Abidjan…

La crise malienne déstabilise le secteur hôtelier, et le fleuron du genre, le groupe Azalaï, ne peut l’ignorer : « Notre filiale malienne, la Société générale d’hôtellerie [SGH, NDLR], en a durement ressenti l’impact. Elle a été obligée de se séparer de 68 de ses collaborateurs et son résultat net sur l’exercice 2012 a été divisé par 20 par rapport à celui dégagé en 2011. Ce résultat a, bien sûr, très fortement influencé le résultat consolidé du groupe… », détaille le patron d’Azalaï, Mossadeck Bally. Les taux d’occupation de ses quatre établissements maliens ont subi des baisses variant entre 16 et 43 %. Et la fréquentation de l’Indépendance, à Ouagadougou, commence à subir aussi, en 2013, les effets de la guerre au Mali, le Nord malien étant plus proche de la capitale burkinabè que de Bamako.

Mossadeck Bally ne donnera que les faits, puis passera à des aspects plus réjouissants. Il est comme ça : un conquérant qui avance tranquillement mais sûrement. Il émerge tout juste d’une grosse semaine durant laquelle il a enchaîné les conseils d’administration. Mais la fatigue ne lui ôte ni la verve, ni l’appétit avec lesquels il parle de l’avenir de sa société, devenue en à peine vingt ans le premier groupe hôtelier ouestafricain. Voilà à peine quelques petites semaines qu’il a levé plus de 12 millions d’euros pour son nouvel établissement d’Abidjan que déjà il se lance un nouveau défi : attaquer le marché ouest-africain anglophone ! « Ce n’était pas la stratégie initiale, mais c’est une région très dynamique. Avec ses gros efforts pour mettre de l’ordre dans son économie, le Nigeria est la superpuissance africaine à venir. Quant au Ghana, c’est un modèle de stabilité, où les investissements étrangers sont importants, notamment avec l’exploitation pétrolière », détaille-il.

Avant ces nouveaux territoires, c’est en Côte d’Ivoire que le nouvel établissement du groupe verra le jour. Pour sa construction, le patron a obtenu, début 2013, 6,1 millions d’euros de la part de la société d’investissement ouest- africaine Cauris Management, puis, début avril, 6 millions de la Société financière internationale (SFI), filiale de la Banque mondiale de soutien au secteur privé. Le nouvel hôtel d’affaires 4 étoiles créera 160 emplois directs et devrait être certifié « green hotel », respectant les standards internationaux en matière de protection de l’environnement. L’ouverture est prévue en janvier 2014.

FACE À LA CONCURRENCE, LE PARI DU TOUT-AFRICAIN

C’est donc peu de dire que le groupe aux bientôt huit établissements, implanté dans sept pays (voir ci-dessous) résiste à la crise. Fort de sa réputation internationale, apprécié des touristes de loisirs comme de ceux d’affaires, Azalaï a bâti son succès en rénovant ses infrastructures pour les mettre au niveau des standards internationaux et en leur apportant une gestion rigoureuse. La société, qui ambitionne d’être présente dans tous les pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), parvient à faire concurrence aux grands groupes, des ogres pourtant, notamment libyens, tels que Laico, ou encore Radisson, Accor… La présence de longue date d’Azalaï sur le terrain l’a aidé dans ce combat, quand d’autres s’implantent tout juste sur le continent africain. Mossadeck Bally veut aussi croire au succès de sa recette : « Nous tirons notre épingle du jeu grâce à nos spécificités, nous sommes moins standardisés. Nos équipes n’ont peut-être pas le même niveau de formation mais la chaleur humaine est toujours présente. » Qualités auxquelles il faut ajouter le service, l’hygiène, la présence d’un business center dans chaque établissement, une restauration de qualité et le respect de l’environnement, via l’utilisation du solaire, qui nécessite néanmoins beaucoup d’espace. Il est ainsi en cours d’installation pour l’eau chaude en Guinée-Bissau, où l’hôtel 24 de Setembro s’étale sur cinq hectares. C’est plus compliqué, en revanche, pour l’Hôtel Indépendance de Ouagadougou, qui ne fait pour le moment appel au solaire, faute de place, que pour une toute petite partie.

Le groupe Azalaï semble tout entier porté par la personnalité de son quinquagénaire de patron, issu de la petite minorité arabe du Mali, dont Araouane, à 250 kilomètres au nord de Tombouctou, est le village ancestral. Parti compléter ses études en France et aux États-Unis (un master en management et finances à l’université de San Francisco), Mossadeck Bally revient dans son pays en 1985 et intègre la société familiale d’importexport de denrées alimentaires en tant que directeur administratif et financier, puis directeur général. Mais Mossadeck veut voler de ses propres ailes. « Acheter et vendre m’a beaucoup formé, notamment aux techniques de négociation avec les banques, mais je sentais que je ne participais pas totalement à la création des richesses de mon pays, raconte-t-il. Chaque fois que je recevais les fournisseurs, ils se plaignaient de la piètre qualité des hôtels ; ce sont eux qui m’ont soufflé l’idée de me lancer dans l’hôtellerie. » En 1993, il fonde la Société malienne de promotion hôtelière (SMPH), au capital initial de 12 500 000 F CFA (19 056 euros). Premier coup de maître un an plus tard, à la faveur de la privatisation du parc hôtelier par l’État malien : il acquiert l’emblématique Grand Hôtel de Bamako, toujours considéré comme l’élément fondateur de l’histoire du groupe Azalaï, qui affiche très vite un taux d’occupation de 105 % ! L’homme d’affaires a trouvé sa voie.

Après l’ouverture de l’Hôtel Salam, toujours à Bamako, le « magnat » aligne les reprises d’établissements en difficulté. Et regarde chez ses voisins, en parvenant toujours à surmonter la principale difficulté dans la construction de son groupe : « la corruption », dit-il sans détour.

En 2004, il remporte l’appel d’offres international lancé par l’État burkinabè pour la gérance du célèbre Hôtel Indépendance, mondialement connu pour abriter depuis plus de quarante ans les discussions enflammées des cinéastes réunis autour de sa piscine pendant le Festival panafricain de cinéma de Ouagadougou (Fespaco). Puis, entre 2006 et 2012 : privatisation de l’hôtel 24 de Setembro de Bissau, celle de l’Hôtel de la Plage de Cotonou, acquisition de terrains à Dakar et à Conakry pour la construction de deux établissements…

UNE CARAVANE QUI AVANCE

La société de Mossadeck Bally, qui a pris en 2005 le nom d’Azalaï, affiche aujourd’hui un capital de 2,953 milliards de F CFA, emploie directement 1 000 personnes et a créé 5 000 emplois indirects. Le nom du groupe n’a pas été choisi par hasard… D’origine touarègue, azalaï signifie « caravane ». Un terme qui véhicule les valeurs de l’entreprise à travers l’image du chameau, majestueux, endurant et calme, évoquant le voyage et les bêtes en file indienne, bravant les intempéries. Émerge également l’image des caravaniers, réputés pour leur hospitalité et leur générosité. « Ma plus grande fierté, confie aujourd’hui Mossadeck Bally, c’est la multiplication par dix du nombre de collaborateurs et de chambres ! Le sentiment de créer de la richesse dans le pays, de l’emploi, de participer à créer l’image d’une Afrique qui n’est pas que le continent des guerres civiles et des maladies. » Un regret ? « Celui de voir que l’Afrique politique n’avance pas aussi vite que l’Afrique économique. Les dirigeants pensent de façon trop solitaire. Par exemple, chacun rêve dans son coin d’avoir sa propre compagnie aérienne, au lieu de rassembler les énergies. À mon sens, la dissolution d’Air Afrique a été une erreur monumentale… Mais il faudrait une meilleure gestion si elle devait renaître. Malgré tout, étant un homme de terrain, je sens que l’Afrique est un continent d’avenir ! Et nous, nous allons jouer notre partition. » Au rythme tranquille mais persévérant du chameau de la caravane…

DES ÉTABLISSEMENTS DE HAUT NIVEAU

En 2013, vingt ans après ses modestes débuts, le groupe Azalaï représente 900 chambres réparties dans bientôt huit hôtels de sept pays ouest-africains. Confort, modernité, décoration et restauration locales sont les gages du succès de la chaîne. Au Mali, elle possède aujourd’hui quatre établissements de différents standards, détenus par la Société générale d’hôtellerie, au capital de 4 milliards de F CFA (6 milliards d’euros) : l’Hôtel Salam, palace 5 étoiles de Bamako ; le Grand Hôtel, un 4 étoiles lui aussi situé dans la capitale malienne ; l’Hôtel Nord-Sud, un 3 étoiles, et l’Hôtel Dunia, un 2 étoiles d’application abritant l’Académie Azalaï Chiaka Sidibe. Au Burkina Faso, Azalaï a repris en 2004 l’Hôtel Indépendance de Ouagadougou, un 4 étoiles de 176 chambres. Le groupe est aussi implanté en Guinée-Bissau, avec le 24 de Setembro, un 3 étoiles d’une centaine de chambres, au Bénin avec l’Hôtel de la Plage, un 4 étoiles, et très bientôt en Côte d’Ivoire, où un nouvel établissement verra le jour à Abidjan au début de 2014. D’autres projets sont en cours au Sénégal et en Guinée-Conakry, deux pays où l’entreprise a déjà acquis des terrains.

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