Richard Attias : « Nous voulons être un laboratoire d’idées »

Richard Attias : « Nous voulons être un laboratoire d’idées »

On le savait à la conquête du monde. On le découvre sur de surprenants territoires d’expansion. En partenariat avec le Gabon, son New York Forum Africa s’installe dans le paysage déjà très concurrentiel des événements continentaux.

C’est un homme de communication connu des boardrooms de France et d’ailleurs, et son chemin croise souvent celui des hommes de pouvoir. C’est un mari célèbre aussi, l’époux de Cécilia Albéniz, ex-Mme Sarkozy. Enfant du Maroc, originaire de Fès, son ascension dans le monde de la commmunication est fulgurante. Il s’occupe du forum de Davos, dirige Publicis Events Worldwide, se lance dans une nouvelle aventure personnelle avec le New York Forum, après un passage semble-t-il plus mouvementé à Dubaï. Avec le temps, Richard Attias cherche à imposer l’image d’un homme de contenu, plus que de « com ». Il se veut africain, par passion et par culture. Il croit au potentiel du continent. Il élabore sa théorie des « 6 I » (indépendance, investissements, incubation, innovation, infrastructures, inspiration) et développe une relation fructueuse avec le Gabon, où va se tenir le New York Forum Africa (du 14 au 16 juin) pour la deuxième fois.

AM : Quel est votre métier exactement ? Comment peut-on définir votre activité ?

J’ai terriblement fait évoluer mon métier. Depuis quelques années, j’interviens dans le domaine du conseil en stratégie, en communication, en organisation. Mes clients me définissent comme un catalyseur, un architecte qui met en oeuvre les idées que mes équipes et moi-même proposons. Et ce, sur le plan international, car nous sommes plus que jamais un acteur global.

Les technologies sont en train de changer le monde, internet, les réseaux sociaux, etc. Les gens ont-ils encore besoin de se rencontrer physiquement, dans un même endroit ?

La majorité des initiatives que nous créons et des missions de conseil que nous prodiguons pour appuyer une stratégie se déclenche et s’illustre à travers des rencontres. Investisseurs internationaux, médias, décideurs politiques et économiques ne peuvent avancer ensemble concrètement sur Facebook ou Twitter, ni même uniquement en visio conférence. Le regard franc, la poignée de main sont irremplaçables !

Vous travaillez souvent avec des hommes et des femmes de pouvoir. Sont-ils des clients comme les autres ?

C’est un immense privilège que de côtoyer des décideurs politiques et économiques. Contribuer modestement à leurs actions et à leurs défis est une expérience unique. C’est dans leur entourage qu’on trouve parfois des ego ou des exigences qu’il faut savoir gérer au mieux. L’expérience aide beaucoup. Il s’agit d’un énorme challenge car la confiance que ces personnalités vous accordent accroît le niveau d’engagement, de loyauté et de performance que vous leur devez en retour.

Vous travaillez souvent avec des hommes et des femmes de pouvoir. Sont-ils des clients comme les autres ?

C’est un immense privilège que de côtoyer des décideurs politiques et économiques. Contribuer modestement à leurs actions et à leurs défis est une expérience unique. C’est dans leur entourage qu’on trouve parfois des ego ou des exigences qu’il faut savoir gérer au mieux. L’expérience aide beaucoup. Il s’agit d’un énorme challenge car la confiance que ces personnalités vous accordent accroît le niveau d’engagement, de loyauté et de performance que vous leur devez en retour.

Vous êtes devenu new-yorkais. Quelles sont les différences fondamentales sur le terrain économique entre les États-Unis et l’Europe ?

Je suis basé à New York en effet, mais mon épouse et moi sillonnons le monde en permanence. Aux États-Unis, on respecte beaucoup plus l’entrepreneur. Il n’y a pas de petit ou de sot métier, du coup on crée des emplois par centaines de milliers depuis deux ans. Le système est plus souple, les charges sont moins lourdes et le chef d’entreprise n’est pas sans cesse suspecté, contrôlé. Il y a un rapport de confiance salarié-patron plus sain, basé sur un respect mutuel. Par ailleurs, tout est mis en place pour faciliter et encourager la consommation, tout d’abord par l’ouverture permanente ou tardive des commerces.

L’Afrique est à la mode, en particulier dans la presse occidentale. Quel est votre sentiment à ce sujet : est-elle vraiment le « continent de demain » ?

Pour sûr l’Afrique change, bouge. Ce n’est pas un phénomène de mode, c’est factuel : les plus grands projets d’infrastructures y sont lancés, les classes moyennes émergent, la jeunesse est de plus en plus éduquée, la diaspora entreprend son retour dans certains pays, les femmes prennent de plus un rôle actif dans l’économie. Certes, la pauvreté est encore présente, les systèmes de santé sont à améliorer, les conflits armés déciment certaines régions, mais je veux y croire. L’Afrique est le continent d’aujourd’hui. Certains l’ont compris et pas uniquement les Chinois !

Quels seraient les principaux atouts de l’Afrique dans la compétition globale ?

Incontestablement sa jeunesse, véritable réservoir de talents potentiels, ses ressources naturelles de mieux en mieux recensées, sa richesse écologique, sa classe moyenne émergente et consommatrice, l’attractivité pour les investissements internationaux. Mais le tout à une condition cruciale : que ce soit bien géré par les leaders actuels. Ils ont plus que jamais une responsabilité historique face à leurs peuples : soit, grâce à eux, le continent devient un dragon économique, soit il implose. Le secteur privé a aussi son rôle à jouer avec patriotisme et solidarité.

Pourquoi l’Afrique paraît si peu « entrepreneuriale » ? Comment générer de l’intérêt pour l’entreprise ?

Je ne suis pas d’accord avec vous sur ce point. Je croise de plus en plus d’entrepreneurs ou de jeunes qui rêvent de se lancer. La passion et l’envie sont là. Ce sont les conditions pour faciliter cette liberté d’entreprendre qui manquent souvent : l’accès au financement, la suppression de la bureaucratie, la formation continue, la mise en relation avec d’autres entrepreneurs pour le partage d’expérience, etc.

C’est pour cela que nous avons décidé, le président Ali Bongo Ondimba et moi-même, de mettre l’accent sur les jeunes et l’entrepreneuriat au New York Forum Africa à Libreville de juin prochain. Il y aura vite de plus de plus de made in Africa ou de founded in Africa.

Vous dites également que « l’informel » recèle un potentiel très important. La plupart des économistes ne partagent pas cet avis.

Il faut accélérer l’intégration de cette économie informelle. Cela va prendre beaucoup de temps car, au-delà des structures, il y a un problème culturel, une question de mentalités et d’habitudes. Sur certains points, on peut trouver une analogie avec les effets de cette économie parallèle produite par un grand nombre d’émigrés illégaux aux États-Unis. Des études incontestables, n’en déplaise aux économistes que vous évoquez, réalisées par des institutions sérieuses telles que la BAD, McKinsey, l’OCDE, démontrent les potentialités renfermées dans la communauté africaine informelle. Il nous faut travailler là-dessus, et nous annoncerons lors du forum une initiative concrète que notre fondation va entreprendre au-delà des études.

On parle beaucoup de la Chine en Afrique. Faut-il se méfier d’une nouvelle forme de « colonisation » ?

La Chine est présente sur le continent depuis près de cinquante ans ! Le Gabon, le Congo- Brazzaville ont été des pionniers dans les relations économiques avec ce pays. Il s’avère que l’économie chinoise est forte et conquérante. Elle a du cash et, comme on dit, « cash is king » ! Les entreprises chinoises ont compris que l’Afrique était un marché colossal. Elles ont surmonté le handicap de la langue, de la distance, et elles mettent toutes les chances de leur côté. Certes, parfois la qualité n’est pas au rendez-vous, mais il appartient encore une fois aux décideurs africains d’être responsables et de définir très précisément les conditions d’un partenariat gagnant-gagnant sans se laisser vampiriser. La Chine est rejointe en Afrique par le Brésil, la Turquie, et je prédis que, sous peu, nous verrons l’Indonésie et le retour en force de certains pays européens et américains, une fois la crise passée. Il y a de la place pour tous sur le continent et avant tout pour les Africains.

Vous retournez à Libreville, pour la 2e édition du New York Forum. Quel bilan faites-vous de la première opération ?

Un bilan très positif. Le Gabon est un formidable partenaire. L’ensemble des acteurs sont engagés. Plus de 600 participants internationaux ont répondu présent. Les médias ont été plutôt positifs. Comment ne pas être satisfaits et fiers d’avoir pu réaliser cette première édition en trois mois seulement après le feu vert du président Ali Bongo Ondimba en mars 2012. De nombreux projets ont été lancés. Certes, ils mettent du temps à aboutir et à se concrétiser, mais Rome ne s’est pas fait en un jour. Il faut être patient, particulièrement en Afrique.

On parle beaucoup d’un « contre-forum » qui viendrait contester l’aspect « institutionnel » de votre forum.

Franchement, les contre-forums n’ont aucun sens et personne n’est dupe. C’est utiliser notre notoriété pour essayer d’en acquérir une. Récemment, le Forum social mondial à Tunis a donné naissance à des violences, des blessés, des heurts, et du coup a jeté un discrédit total sur sa vocation. Pensez-vous que le monde a besoin de haine et de contestation permanente ? Les jeunes veulent des solutions concrètes, pas de grandes déclarations démagogiques. Si un contre-forum fait des propositions réalistes sur des questions vitales telles que la création d’emploi, l’éducation, la lutte contre la pauvreté, l’accès au financement, la création de richesse, alors on est dans le débat, et il s’agit donc d’un forum parallèle plutôt qu’opposant. Par ailleurs, c’est méconnaître le New York Forum Africa, son contenu et son ADN que de le qualifier d’institutionnel. Plus de 80 % des participants sont des acteurs de l’économie et des opérationnels, ainsi que des étudiants et des jeunes entrepreneurs, qui sont le futur.

Vous parlez souvent d’écrire une feuille de route pour le continent lors de votre forum. N’est-ce pas un peu trop ambitieux ?

C’est ambitieux, et c’est ce qui fait notre particularité. Le New York Forum Africa doit servir à quelque chose au-delà des rencontres et des occasions de voir des projets se réaliser. Il se veut être un laboratoire d’idées et un catalyseur. Ainsi, les chefs d’État qui s’y retrouveront et débattront entre eux et avec le secteur privé et les experts pourront ensuite faire entendre leurs points de vue et leurs idées au G8, qui se tiendra au lendemain du Forum de Libreville.

Des projets ? Des envies pour demain ?

Toujours ! Une vie sans projets, sans envies, sans rêves n’est pas une vie. C’est notre moteur. À court terme, nous travaillons à l’organisation des assemblées générales de la BAD à Marrakech. Par ailleurs, ma fondation et celle de mon épouse, Cécilia, associées à plusieurs autres institutions africaines très dynamiques, ont de multiples projets. Nous les mettrons en oeuvre dans un avenir proche afin de contribuer aux solutions. L’exemplarité est fondamentale. Nous allons également créer de nouvelles entités et de nouveaux métiers localement. Et puis nous travaillons déjà sur un projet qui doit rendre fier l’ensemble du continent et le fédérer : les Jeux africains, dont la 11e édition se tiendra à Brazzaville en 2015. Comme vous le voyez l’Afrique ne manque pas de projets!

FONDATEUR ET PRÉSIDENT EXÉCUTIF DE RICHARD ATTIAS & ASSOCIATES

PARCOURS

2004

Président de Publicis Events Worldwide, premier réseau mondial d’événement, groupe Publicis.

2008

Conseiller spécial auprès de l’émirat de Dubaï.

2010

Fondateur et président du New York Forum, événement dédié aux principaux décideurs économiques.

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