Le « canal de la paix » refait surface

Au Proche-Orient, il existe des projets communs, ambitieux et anciens, qui semblent irréalistes au regard des conflits historiques régionaux. Le canal de la mer Morte, ou « canal de la paix », est l’une de ces constructions d’envergure que l’on pensait noyée dans d’interminables discussions et que la Banque mondiale vient de réanimer.

Dans un rapport publié début 2013, l’institution financière a validé la « faisabilité » du plan d’acheminement d’eau de la mer Rouge vers la mer Morte. L’idée, envisagée dès le XIXe siècle, prévoit d’alimenter la mer Morte, que se partagent Israël, la Jordanie et les Territoires palestiniens, par un aqueduc partant de la mer Rouge en profitant de la différence d’altitude. Par « faisabilité », la Banque mondiale laisse entendre qu’il existe une possibilité technique, financière et écologique de mettre en place ce projet, prévu pour démarrer au cours de la prochaine décennie.

Au-delà des promesses en termes de création d’emplois, les bénéfices théoriques s’annoncent multiples : cette construction permettrait à la fois de fournir en eau potable les trois riverains dont principalement la Jordanie, de stabiliser le niveau de la mer Morte, de produire de l’hydroélectricité et de participer au développement économique régional. Un enjeu de taille quand on sait que la région est l’une des moins pourvues en eau douce (la Jordanie est le quatrième pays le plus pauvre en eau). Selon un récent rapport d’Amnesty International, près de 200 000 Palestiniens n’ont pas accès à l’eau potable. En plus de l’énergie électrique, l’ouvrage comprendrait l’une des plus grandes usines de désalinisation d’eau de mer.

Depuis les années 1970, ce lac de 800 km2 a perdu un tiers de sa superficie. Dès 2006, les scientifiques annonçaient sa disparition d’ici à 2050 si aucune initiative n’était envisagée. Une perte écologique lourde, car la mer Morte abrite un patrimoine géologique unique au monde. Son eau saturée de sel, qui lui vaut son nom de mer « morte », contient 30 % de minéraux, contre 3 % dans les autres mers.

Les chiffres relatifs à l’immense ouvrage sont à la hauteur du projet : le canal devrait couvrir une distance de 184 km et brasser pas moins de 2 milliards de mètres cubes par an, pour un coût de construction estimé, selon le rapport, à 9,97 milliards de dollars (environ 7,6 milliards d’euros). Des fonds financés par la communauté internationale et par des emprunts remboursés par les revenus tirés de l’électricité et de l’eau.

Enfin, l’initiative a également vocation à participer à la résolution des conflits régionaux grâce aux futures collaborations entre les États autour d’un projet de structure essentiel et commun. De sorte que, en plus de l’eau potable, la paix se trouve bien au bout du tunnel.

Déjà Membre ?

Email : Mot de passe :