Indicateur n° 5 : La force des classes moyennes

Indicateur n° 5 : La force des classes moyennes

Il n’est pas de pays émergents dont la croissance ne repose pas, pour tout ou en partie, sur un marché de consommation intérieur porté par une classe moyenne. On doit donc distinguer une Afrique dopée par une accélération de la croissance exogène, d’une Afrique soutenue par la croissance endogène. Sur le continent, ce moteur de l’émergence reste malheureusment embryonnaire. À ceux qui prédisent que l’Afrique est sur le point de devenir la nouvelle terre de consommation, la Brookings Institution apporte quelques projections éclairantes. En 2030, près des deux tiers de la classe moyenne mondiale vivront dans la région Asie-Pacifique, 10 % environ en Amérique centrale et du Sud et 2 % en Afrique subsaharienne.

La connaissance de cette tranche de population est encore imprécise, et les appréciations divergent selon que l’on se place dans une logique de développement ou une logique mercantitliste. La première, défendue par la BAD, mesure la classe moyenne en pourcentage de la population totale. De ce point de vue, la Tunisie, avec un pourcentage de 45,6 %, figure en tête du continent, devant le Gabon, l’Égypte, le Botswana, l’Algérie et le Maroc. Le Mozambique, le Rwanda et la Tanzanie, avec moins de 3 % de la population appartenant à la classe moyenne, accusent un retard conséquent. Le regard mercantiliste porté par le cabinet McKinsey donne à voir des résultats sensiblement différents. Le cabinet s’attache à identifier les pays où se concentre la consommation en 2011. L’Afrique du Sud, le Nigeria, l’Angola, le Kenya, l’Éthiopie, le Soudan figurent parmi les premiers foyers de consommation en volume tandis que ces pays comptent tous moins de 20 % de classe moyenne, jusqu’à 8 % pour l’Éthiopie.

En revanche, dans les pays du Maghreb (Tunisie, Égypte, Algérie, Maroc) les classes moyennes représentent plus de 27 % de la population, tout en retenant l’attention « commerciale » de McKinsey par leur niveau de consommation. L’étude du cabinet américan offre d’ailleurs des précisions quant au profil des consommateurs africains, essentiellement urbains et appartenant à la catégorie des 16-34 ans. En outre ils détiennent 53 % des revenus nationaux. McKinsey prévoit que les industries de consommation enregistreront d’ici à 2020 la progression la plus importante en matière de volume d’affaires, estimée à 410 milliards de dollars, ce qui suscite son intérêt. L’implantation de WalMart en Afrique, par exemple, ou les perspectives de développement de Carrefour indiquent en effet l’essor d’un nouveau marché, lequel pourrait favoriser l’industrialisation du continent. Le cas de Renault à Tanger est ainsi emblématique. L’acquisition de voitures est l’un des rares indicateurs disponibles permettant d’apprécier les tendances de consommation en Afrique. La Libye, Maurice, l’Afrique du Sud et la Tunisie sont parmi les pays où la population possède le plus de véhicules. Il est certain que l’évolution démographique du continent est propice à la naissance d’un marché de consommation, le Nigeria, l’Éthiopie et l’Afrique du Sud étant appelés à en devenir les pôles en 2030.

On observe également, ce qui est caractéristique des classes moyennes, une recherche de qualité. Ainsi, on peut relever le cas du fabricant de deux-roues Bajaj Auto, qui, en vendant ses produits 30 % plus chères que les modèles chinois, a conquis le marché nigérian en deux ans et est devenu le plus important vendeur de motos du continent. Les entreprises ont déjà intégré le besoin des pays émergents de pouvoir acquérir des produits adaptés, relativement bon marché, mais de bonne qualité. Samsung en est le meilleur exemple. L’indice de Gini est également un bon indicateur de lecture des classes moyenne du fait qu’il mesure les écarts de richesse dans un pays, les inégalités de revenus n’étant pas propices à l’émergence d’un marché de consommation. Pour preuve, la Corée du Sud, dont la croissance s’est construite sur la demande intérieure depuis les années 1970, jouit du deuxième meilleur indice de Gini hors Afrique. Tout le contraire du Brésil, qui dispose d’un potentiel de croissance considérable du fait d’inégalités encore criantes mais en cours de correction. Sur le continent, l’Éthiopie, l’Égypte, l’Algérie, la Tanzanie et le Cameroun ont les meilleurs indices de Gini, et les pays africains recensent paradoxalement légèrement moins d’inégalités que les économies en développement du reste du monde.

Enfin, l’urbanisation est un facteur indéniable de consommation et d’émergence de la classe moyenne. La concentration de la population est un moteur de productivité, d’innovation et de construction d’infrastructures, trois facteurs qui manquent aujourd’hui cruellement au continent. Toutefois, l’Afrique n’a pas à rougir vis-à-vis de ses partenaires émergents, puisque 40 % des Africains vivent dans les villes. Le Gabon, la Libye, l’Algérie, la Tunisie et le Congo sont les États abritant les plus forts taux de population urbaine. D’autre part, dans certains États partiellement urbanisés, on dénombre pourtant d’importants centres urbains, à l’instar du Nigeria, dont seulement 50 % de la population est urbanisée, mais qui compte avec Lagos l’un des poumons économiques du continent.

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