Indicateur n° 6 : La recherche et l’innovation

Autre facteur essentiel d’émergence, le degré d’innovation des économies peut se lire à travers le nombre de brevets internationaux déposés, l’activité de publication scientifique ou encore la croissance de la production industrielle. Une lecture détaillée des exportations, de la part des produits manufacturés et des produits de haute technologie dans les exportations permet également d’évaluer la sophistication des économies du continent. Le Maroc, l’Égypte, l’Afrique du Sud, le Kenya et la Tunisie sont les économies africaines les plus innovantes, tandis que le Nigeria, la Zambie, l’Angola ou encore la Botswana figurent en bas de classement. Ainsi, l’Afrique du Sud est la seule à même de pouvoir rivaliser avec les autres émergents en matière de dépôt de brevets (308 dépôts en 2011, contre seulement 33 pour l’Égypte, pourtant en deuxième position). L’économie de l’innovation est encore lointaine en Afrique, et ce n’est pas un hasard si la nation arc-en-ciel est le seul pays du continent à consacrer 1 % du son PIB à la recherche et développement (R&D), comme le recommande l’ONU en matière d’émergence. La Chine a opéré cette mue vers l’innovation. Ses dépenses en matière de R&D sont passées de 0,6 % du PIB en 1996 à 1,9 % en 2009. Autre illustration du manque d’attractivité technologique : selon l’ONU, un tiers des chercheurs africains travaillaient hors de leur pays en 2009.

Il en ressort un retard considérable en matière de publication scientifique, exception faite de l’Afrique du Sud et de l’Égypte qui comptent un nombre de publications annuelles supérieur à 2 000, très loin de la production de la Chine (74 000), de la Corée du Sud (22 271) ou encore de l’Inde (19 917). L’économie africaine de la connaissance passe par une présence accrue dans la production scientifique et technique. Par ailleurs, s’il est une dynamique qui caractérise les pays émergents, il s’agit de l’industrialisation. En la matière, l’Afrique accuse un retard certain. Une évolution notable concerne toutefois la part des produits de moyenne et haute technologie dans les produits exportés. Elle est passée de 23 % en 2000 à 33 % en 2008. Seuls le Maroc, l’Égypte, la Tunisie et l’Afrique du Sud disposent d’une industrie consistante, reflétée par la contribution des produits manufacturés dans leurs exportations qui dépasse les 46 %, jusqu’à 75 % pour la Tunisie. Dans ces quatre pays, le volume de ces produits exportés a quintuplé entre 1995 et 2008. Sans surprise, les économies pétrolières que sont l’Algérie, l’Angola, le Gabon, la Libye ou le Nigeria sont celles où les exportations de produits manufacturés sont les plus faibles. D’une manière générale, on observe une désindustrialisation relative des économies africaines. Ainsi, si les exportations de produits manufacturés représentaient 43 % en 2000, elles ont reculé à 39 % en 2008.

Cette baisse reflète l’évolution des exportations africaines, tournées vers les pays émergents essentiellement intéressés par l’importation de matières premières. Ce constat est corroboré par l’analyse de la part du secteur industriel dans le PIB des pays africains, qui est passé de 6,3 % en 1970 à 15,3 % en 1990, avant de décroître jusqu’à 10,5 % en 2008. Alors que la production manufacturière africaine a stagné à 1,1 % du PIB africain entre 2000 et 2008, elle a progressé en Asie de 13 % à 25 % au cours de la même période. Il est acquis que l’agriculture et les industries extractives ne suffiront pas au développement durable du continent. Dans un rapport sur l’industrialisation en Afrique en 2011, l’ONU se montre réservée. Elle note une volonté de diversification des économies africaines mais sans dynamique d’industrialisation notable. Si l’Égypte et le Maroc connaissent une croissance moyenne aux alentours de 4 %, l’Afrique du Sud n’a enregistré qu’une croissance de 0,3 %, tandis que la production industrielle tunisienne a chuté de 0,5 %. Le Botswana, avec une décroissance de 4,1 % connaît une désindustrialisation inquiétante.

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